Au IIème siècle av. J-C, la République Romaine plonge dans l'inconnu avec l'émergence de la violence en politique. En proie à des crises agraires, sociales et militaires, la cité romaine est le théâtre d'une lutte à mort entre le Sénat et les tribuns de la plèbe Tiberius Gracchus (né en 168 ou 163 av. J-C, mort en 133 av. J-C) et son frère Caius Gracchus (154-121 av. J-C)



Après la victoire définitive de Rome sur les Carthaginois en 146 av. J-C lors de la 3ème guerre punique, la République dispose d'énormément de nouvelles terres ajoutées à l'Ager Publicus, territoire appartenant à tous les citoyens romains mais exploitable sous condition de paiement d'un impôt, le vectigal. Or bon nombre des plus riches propriétaires se sont accaparés ces terres sans s'acquitter de leur devoir. Tiberius Gracchus, petit fils de Scipion l'Africain ,vainqueur à Zama en 202 av. J-C.
Éduqué sous l'influence hellenophile de sa mère Cornelia, élu tribun de la plèbe en 133, il propose de former un triumvirat composé de son beau père, Appius Claudius Pulcher, son frère Caius et lui même, chargé de redistribuer les terres confisquées aux mauvais payeurs. Marius Octavius, un autre tribun de la plèbe ayant les faveurs du Sénat, composé principalement des familles patriciennes et de la nobilitas qui profite du système, s'oppose à Tiberius en mettant son veto à la Lex Sempronia. Les esprits s'échauffent après que Tiberius ait réussi à faire écarter Octavius en arguant que le tribun de la plèbe qui n'agit pas selon les intérêts du peuple doit être destitué. Les plébéiens réunis en comices (assemblées romaines) défient ainsi le Sénat qui se sent menacé. Accusé d'être un tyran Tiberius est assassiné dans des échauffourées au Capitole et son cadavre, ainsi que celui de 300 de ses partisans sont jetés dans le Tibre à l'été 133 av. J-C.
10 ans plus tard, en 123, son frère Caius, est élu à son tour tribun de la plèbe et reprend ses propositions en allant plus loin. Il met en place un programme politique qui a pour but de retirer du pouvoir aux Sénateurs sur le plan politique, judiciaire, militaire et économique, au profit des Chevaliers, classe de citoyens romains riches mais n'ayant pas eut de magistrature du cursus honorum. Caius propose notamment que la citoyenneté romaine soit donnée aux Alliés de Rome dans la péninsule Italique, les Socii. 20 ans avant la guerre sociale c'est une idée révoltante pour ses opposants qui, comme pour son frère utilisent la violence pour se débarrasser de lui. Suite à la mort d'un vieil homme Attilius, tué par les partisans de Caius Gracchus, le Sénat émet ce qu'on appelle aujourd'hui un sénatus consulte ultime, qui donne l'ordre à tout citoyen romain de tuer Caius et ses partisans. Le second des Gracques décède dans des circonstances floues dans le bois sacré de Furrina, sur la colline du Janicule avec un esclave en 121 av. J-C. Contrairement à son frère, sa tête est séparée de son corps et on y verse du plomb fondu en guise de trophée.
Le nom des Gracques reprend du sens au moment de la Révolution Française avec le personnage de Gracchus Babeuf, puis au XXème siècle avec la pièce de théâtre éponyme de Jean Giraudoux en 1958.